Biais acteur/observateur

« Chacun est responsable de ses propres comportements… Sauf moi! »

Définition

Le biais acteur/observateur fait référence à notre tendance à attribuer des causes externes à notre propre comportement et à attribuer des causes internes au comportement d’autrui [2]. Ainsi, pour expliquer notre propre action, on nommera davantage d’éléments concernant la situation (difficulté de la tâche, hasard, etc.) que d’éléments personnels (effort fourni, personnalité, etc.). Inversement, et conformément à l’erreur d’attribution fondamentale, lorsqu’on observe le comportement d’une autre personne, on explique plutôt ledit comportement par des caractéristiques propres à la personne observée, et non à la situation. Cette différence d’interprétation entre l’acteur ou l’actrice et l’observateur ou l’observatrice peut donc mener à des malentendus et causer des problèmes au niveau des relations interpersonnelles. Il peut de plus se manifester au niveau des relations entre groupes : nous attribuons des causes externes aux comportements négatifs des membres de notre propre groupe et des causes internes aux comportements négatifs des membres d’un autre groupe (voir l’erreur ultime d’attribution) [4]. 


Pendant longtemps, le biais acteur/observateur était considéré comme un biais fermement établi et fortement répandu au sein de la population. Une méta-analyse de 2006 a cependant remis en cause les résultats d’études antérieures. Il semblerait notamment que ce biais ne soit présent que lorsque le comportement est négatif [3].

Exemple

Jean emboutit l’arrière de la voiture de Simone, qui était à ce moment-là arrêtée à un feu rouge. En furie, Simone sort de son véhicule. En se dirigeant vers Jean, Simone, ici l’observatrice, crie : « Mais quel mauvais conducteur! Comment as-tu pu passer ton permis si tu es incapable de porter attention à ce qui se passe devant toi? » Elle présume donc, à partir des informations qu’elle détient, que Jean est un conducteur incompétent et une personne inattentive. Face aux commentaires accusateurs de Simone, Jean réplique : « Je me suis assoupi un instant, mais franchement, je sais conduire! C’est que j’ai dû travailler à l’hôpital toute la nuit, parce que mon remplacement n’est jamais venu. Et puis, je n’ai pas eu le choix que de prendre le volant, je dois aller chercher ma fille à la gare. » Ainsi, en connaissant ses capacités de conducteur en général et les détails de la situation, Jean, ici l’acteur, explique le fait d’avoir causé un accident par les circonstances dans lesquelles il se retrouve.

Explication

L’hypothèse principale pour expliquer ce biais est le manque d’information disponible pour l’observateur ou l’observatrice, qui ne sait pas comment l’acteur ou l’actrice agit dans différents contextes. Il ou elle se base donc sur le comportement observé pour se faire une idée de la personne. En ce sens, plus le duo apprend à se connaitre, moins le biais serait présent. De plus, les éléments situationnels sont mis de l’avant pour la personne qui agit. En effet, contrairement à l’observateur ou l’observatrice, elle ne prête pas uniquement attention à son propre comportement et à ses caractéristiques personnelles, se concentrant plutôt sur les circonstances et/ou son environnement [1].


Une autre hypothèse consiste en l’idée qu’une personne tente de protéger son estime de soi en expliquant ses comportements négatifs par des causes qui lui sont externes et ses comportements positifs par des causes internes (voir le biais de complaisance) [5]. Ceci permettrait d’expliquer pourquoi le biais acteur/observateur ne semble concerner que les comportements négatifs.

Conséquences

Ce biais implique une divergence de perception qui peut causer des malentendus [1] et même des conflits interpersonnels [5]. Il peut aussi mener à des prophéties auto-réalisatrices, puisqu’en attribuant des causes internes au comportement d’un individu, on se crée des attentes et on agit envers cet individu de façon à confirmer ces attentes [1]. Par exemple, si un-e professeur-e croit que l’échec scolaire de son élève est dû à son faible niveau intellectuel, il ou elle pourrait cesser de lui fournir de l’aide supplémentaire. L’élève continuera d’avoir des difficultés, ce qui confirmera l’opinion de l’enseignant(e) à son sujet.

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Essayer de se mettre à la place de l’autre quand on pose un jugement sur le comportement d’autrui.

  • Dans le rôle d’acteur, réfléchir à ce qu’on aurait pu faire différemment dans la même situation.

  • Discuter avec l’acteur ou l’actrice pour comprendre son action.

Comment mesure-t-on ce biais?

Le biais acteur/observateur peut être mesuré de différentes façons. Les scientifiques peuvent notamment recueillir les causes attribuées à un comportement par les personnes en position d’observation et par les personnes émettant le comportement. Pour ce faire, les participant-es peuvent se remémorer une situation vécue dans leur vie personnelle, imaginer une situation hypothétique ou juger d’un comportement ayant lieu dans le cadre de l’expérience. Il faut par la suite comparer le type de causes mentionnées (internes ou externes) selon le rôle endossé (acteur ou observateur).  Si les individus mentionnent davantage de causes externes lorsqu’ils expliquent leurs propres comportements (acteur) que lorsqu’ils expliquent ceux d’autrui (observateur), on peut dénoter la présence de ce biais.

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Jones, Edward E. (1976). How Do People Perceive the Causes of Behavior? Experiments based on

attribution theory offer some insights into how actors and observers differ in viewing the causal structure of their social world, American Scientist, 64(3), pp.300-305. https://www.jstor.org/stable/27847255


[2] Jones, Edward E. & Richard E. Nisbett (1971). The actor and the observer: Divergent perceptions

of the causes of behavior. General Learning Press.


[3] Malle, Bertram F. (2006). The Actor–Observer Asymmetry in Attribution: A (Surprising) Meta-

Analysis. Psychological Bulletin, 132(6), 895–919. DOI : 10.1037/0033-2909.132.6.895


[4] Thomas, F. (1979). The Ultimate Attribution Error: Extending Allport's Cognitive Analysis of Prejudice. Personality and Social Psychology Bulletin 5(4), 461-476. DOI: 10.1177/014616727900500407


[5] Rascle, Olivier, Alan Traclet & Geneviève Coulomb-Cabagno (2005). Le biais attributionnel acteur/observateur en contexte sportif. Dans Olivier Rascle et Philippe Sarrazin (dir.). Croyances et performances sportives : Processus sociocognitifs associés aux comportements sportifs (pp. 207-226). Editions EP&S. 


Tags

Heuristique de représentativité, Heuristique de disponibilité, Besoin d'estime de soi, Besoin de fermeture cognitive, Niveau interpersonnel

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Auteur-e

Marie Taillefer, étudiante au baccalauréat en psychologie, Université de Montréal.

Comment citer cette entrée

Taillefer, M. (2020). Biais acteur-observateur. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 1. En ligne : www.shortcogs.com

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