Biais d'optimisme

« Ça ne m’arrivera pas à moi, ça arrive seulement aux autres. »

Définition

Nous avons toutes et tous pris des risques sans considérer être en danger, que ce soit en faisant un tour de vélo sans casque ou en allant au-dessus de la limite de vitesse en voiture. Bien que ces situations puissent représenter un risque, il n’est pas rare de sous-estimer ce dernier lorsque nous sommes personnellement concerné-es. Ce phénomène, qui se nomme le biais d’optimisme ou optimisme comparatif, veut que les gens aient la croyance erronée d’être personnellement moins à risque que les autres [1]. On peut parler d’une incongruence entre l’évaluation de notre risque et celui des autres. Le biais varie en fonction de la proximité émotionnelle, ainsi, nous avons tendance à juger le risque encouru par autrui comme étant plus élevé lorsque nous avons une moins grande proximité émotive avec lui [2].

Exemple

En 2020, alors que la pandémie mondiale du virus COVID-19 se produisait, plusieurs milliers de personnes se réunissaient sur les plages et dans les bistrots, ou même organisaient des soirées en ignorant les risques sanitaires. On peut penser que le biais d’optimisme a joué un rôle dans ces comportements lorsque l’on constate le discours de certains de ces individus qui semblent se croire moins concernés par les risques du virus que les autres, alors que les médias rapportent des cas de personnes décédées de la COVID-19.

Explication

Plusieurs explications sont mobilisées pour rendre compte du biais d’optimisme dans la littérature. Il se peut que le biais se manifeste parce que les gens sont motivés à croire qu’ils ne sont pas à risque. En effet, les prédictions optimistes en ce qui concerne le futur peuvent être gratifiantes, en plus de réduire l’anxiété face aux événements négatifs qui pourraient arriver [2].


Une autre cause du biais d’optimisme concerne la façon dont nous retenons l’information. Nous avons tendance à porter plus d’attention sur ce qui nous concerne. Ayant davantage d’information sur soi, nous jugerons différemment nos risques par rapport à celui des autres [2]. Par exemple, une personne qui fume peut dire être moins à risque de complications de santé que la moyenne parce qu’elle croit qu’elle a une alimentation plus saine et qu’elle est plus active que les autres fumeuses et fumeurs. Cette personne ne prend cependant pas conscience des habitudes des personnes fumeuses moyennes dans sa réflexion parce qu’elle ne possède pas d’information sur celles-ci, ce qui provoque un débalancement dans le jugement des risques entre elle et les autres.

Conséquences

La sous-estimation des risques que nous pouvons vivre dans le futur peut avoir plusieurs effets positifs, par exemple en augmentant le sentiment de contrôle et en réduisant l’anxiété [3]. Ce biais peut également mener à une meilleure estime de soi ainsi qu’à un sentiment de bien-être en général [2]. Il est également à noter que ce phénomène fait partie du fonctionnement humain sain, le biais d’optimisme n’étant pas présent chez les personnes vivant une dépression [3].


Toutefois, le biais d’optimisme peut également conduire à des conséquences plutôt négatives. Nier ou sous-estimer les risques de vivre un événement négatif dans le futur peut mener à une plus grande prise de risque [2]. De même, les personnes manifestant ce biais peuvent ignorer les informations qui visent à les prévenir sur les risques pour garder leur perception erronée du futur. Il est donc évident que ce biais est pris en compte dans le domaine de la santé en ce qui concerne les campagnes de prévention [3].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Prendre conscience de sa tendance à minimiser les risques personnellement encourus.

  • Imaginer comment nous conseillerions autrui sur les risques afin de contourner sa tendance à sous-estimer son degré de risque.

  • Garder en tête que ce biais a des conséquences positives qui contribuent à une bonne santé mentale. Ainsi, nous aurions tort de tenter de l’éliminer complètement.

Comment mesure-t-on ce biais?

Généralement, le biais d’optimisme est mesuré en comparant l’estimation qu’une personne fait de son propre risque avec celle qu’elle fait pour le risque d’une personne du même âge et genre dans une même situation. Lorsque la personne s’estime moins à risque que les autres, on observe un biais d’optimisme. En outre, la mesure du biais d’optimisme peut se faire de façon directe ou indirecte selon les recherches. Par la façon directe, on demande aux participant-es de se comparer à une personne tierce. Dans la méthode indirecte toutefois, l’équipe de recherche demande à la personne de juger de son propre risque et de juger de celui d’une autre personne dans une même situation. Ainsi, on ne demande pas à la personne de se comparer, ce sera plutôt l’équipe de recherche qui comparera les réponses [4].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

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Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

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Ce biais est démontré scientifiquement :

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Références

[1] Klein, Cynthia T.F. & Marie Helweg-Larsen (2002). Perceived control and the optimistic bias: A meta-analytic Review. Psychology and Health, 17(4), 437-446. (méta-analyse) 


[2] Shepperd, James A., Patrick Carroll, Jodi Grace & Meredith Terry (2002). Exploring the causes of comparative optimism. Psychologica Belgica, 42, 65-98. 


[3] Hichang, Cho, Lee Jae-Shin & Lee Seungjo (2013). Optimistic bias about H1N1 flu: testing the links between risk communication, optimistic bias, and self-protection behavior. Health Communication, 28(2), 146-158. 


[4] Helweg-Larsen, Marie & James A. Shepperd (2001). Do moderators of the optimistic bias affect personal or target risk estimates? A review of the literature. Personality and Social Psychology Review, 5(1), 74-95. 


Voir également 


Sharot, Tali (2017). The optimism bias. Current biology, 21(23), 941-945.

Tags

Heuristique émotionnelle, Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Besoin de sécurité

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Auteur-e

Gabriel Piuze-Bourgeois; Bachelier en psychologie de l’Université de Sherbrooke et étudiant au baccalauréat en sexologie à l’Université du Québec à Montréal

Comment citer cette entrée

Piuze-Bourgeois, G. (2020). Biais d’optimisme. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 1. En ligne : www.shortcogs.com

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