Biais de complaisance

« Si je réussis, c’est grâce à moi, mais si j’échoue, ce n’est pas de ma faute. »

Définition

Il est important d’évaluer les causes de nos succès et de nos échecs afin de pouvoir s’améliorer et avoir une vision lucide de soi-même. Toutefois, nos estimations de ces causes ne sont pas toujours objectives et nous sommes enclins à entretenir une vision positive de nous-mêmes [1]. Il en ressort une tendance générale à s’attribuer les causes de nos succès et à s’exempter de la responsabilité face à nos échecs. Ce biais a été l’objet de nombreuses études expérimentales. Il serait présent chez la population générale, mais varierait selon l’âge et la culture [1].

Exemple

Cette tendance complaisante est omniprésente et facile à observer dans plusieurs contextes. La plupart du temps, lorsque les gens parlent de leurs conflits, c’est pour expliquer comment les autres personnes concernées ont causé le problème. Une entrevue a été infructueuse parce que les employeurs étaient trop exigeants. Pourtant les causes de nos succès sont souvent accommodantes. Un projet a été un succès parce que nous avons travaillé fort et parce que nous avons du talent.

Explication

Le biais de complaisance aurait une fonction importante de préservation de notre estime de soi [2]. Il s’agirait d’un processus non conscient et non intentionnel servant à se protéger et se décharger de culpabilité excessive. Des études ont d’ailleurs démontré que ce biais augmentait en présence de menaces à l’estime de soi [3]. Autrement dit, lorsque quelque chose affecte négativement notre estime de soi, comme une expérience de rejet ou d’échec, nous avons un plus grand recours à ce biais par la suite.

Conséquences

Le fait de nier notre blâme peut mener à de moins bons apprentissages, ou simplement à une vision moins objective de nos capacités. Toutefois dans une certaine mesure, ce biais semble être nécessaire à une santé mentale saine puisqu’il est absent chez les populations souffrant de pathologies psychologiques et plus particulièrement chez les personnes dépressives. Il est également plus présent à l’enfance et à l’âge adulte qu’à l’adolescence, période qui est associée à une moins bonne estime de soi [1].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Avoir conscience de notre tendance complaisante.

  • Envisager des causes alternatives pour expliquer notre expérience.

  • Demander l’opinion d’une personne neutre lorsque notre estime de soi est en jeu.

Comment mesure-t-on ce biais?

Malgré quelques différences, la plupart des outils ayant été élaborés pour mesurer le biais de complaisance consistent à demander à des participants de s’imaginer vivre certaines situations (ex. : obtenir un emploi à la suite d’une entrevue). Les participants doivent ensuite indiquer la cause qui leur semble la plus probable et à quel point cette cause est interne (elle dépend d’elles et eux), globale (pourrait affecter de nombreuses situations), et stable (les affectent de façon constante). Le niveau de biais des participants est ensuite calculé en fonction de la différence entre les évaluations pour les évènements négatifs et ceux positifs [1].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

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Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

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Ce biais est démontré scientifiquement :

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Références

[1] Mezulis, Amy H., Lyn Y. Abramson, Janet S. Hyde & Benjamin L. Hankin (2004). Is there a universal positivity bias in attributions? A meta-analytic review of individual, developmental, and cultural differences in the self-serving attributional bias. Psychological bulletin, 130(5), 711-47. (Méta-analyse)


[2] Arkin, Robert M., Alan J. Appelman & Jerry M. Burger (1980). Social anxiety, self-presentation, and the self-serving bias in causal attribution. Journal of personality and social psychology, 38(1), 23-35.


[3] Campbell, W. Keith & Constantine Sedikides (1999). Self-threat magnifies the self-serving bias: A meta-analytic integration. Review of general Psychology, 3(1), 23-43. (Méta-analyse)

Tags

Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Besoin d'estime de soi

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Auteur-e

Émilie Gagnon-St-Pierre est doctorante en psychologie cognitive et sociale à l’Université du Québec à Montréal. Elle est affiliée au Laboratoire des processus de raisonnement et au Laboratoire Culture, Identité et Langue. Elle est également co-fondatrice de Raccourcis.

Comment citer cette entrée

Gagnon-St-Pierre, E. (2020). Biais de complaisance. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 1. En ligne : www.shortcogs.com

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