Effet Dunning-Kruger

« Moins je suis qualifié-e, plus je surestime ma compétence. Plus je suis qualifié-e, plus je sous-estime ma compétence. »

Définition

Notre niveau de compétence dans un domaine exerce une curieuse influence sur le degré de confiance que nous avons envers nos capacités. C’est ce qui caractérise l’effet Dunning-Kruger : dans une grande variété de domaines, les gens moins qualifiés ont tendance à surestimer leurs habiletés ou leurs connaissances par rapport à leurs pairs, tandis que les gens plus qualifiés les sous-estiment [1]. Bien que l’excès de confiance en soi s’avère être normal chez l’espèce humaine [2], il est davantage marqué dans un domaine donné, chez les gens qui ont une moins grande expertise dans ce domaine. Ceux-ci ont peu conscience de leur bas niveau de compétence. Ironiquement, ce surplus de confiance s’inverserait plus nous sommes compétents dans un domaine : les plus habiles ont tendance à sous-estimer leurs aptitudes par rapport aux autres. Ce phénomène psychologique maintes fois démontré toucherait chacun d’entre nous, selon les domaines spécifiques que l’on maîtriserait le plus ou le moins [1].

Exemple

Échouer un examen alors qu’on avait la forte conviction d’avoir excellé ou, à l’opposé, le réussir haut la main tandis que l’on craignait pour le pire démontre à quel point nous sommes peu conscient-es de nos capacités réelles. Dans une étude, les étudiant-es ayant eu parmi les pires notes étaient ressorti-es de la salle d’examen pensant que leur performance avait surpassé celle de la majorité de leurs collègues. À l’autre extrême, ceux et celles ayant le mieux performé sous-évaluaient leur rendement par rapport aux autres [3].

Explication

L’effet Dunning-Kruger peut être expliqué par le fait que le manque d’expertise d’une personne est précisément ce qui l’empêche de reconnaitre ses lacunes [4]. Un individu moins apte dans un domaine ne possède pas la perspective et le recul nécessaires pour réaliser l’étendue de son ignorance, ce qui résulterait en un excès de confiance en ses compétences. Ainsi, ce biais se manifesterait davantage dans les domaines généraux où tout le monde possède au moins un minimum de connaissances, et il serait moins observé lorsqu’il s’agit d’un sujet pointu qui nous est complètement étranger. Un élève qui n’a jamais suivi de cours de physique ne se prétendra pas doué en physique quantique! Inversement, les plus habiles dans un contexte donné ont tendance à sous-estimer leurs aptitudes par rapport à autrui. Lorsque ces personnes passent un test qu’elles jugent facile, elles se disent à tort que ça a dû être le cas pour les autres également. Ainsi, elles ne réalisent pas à quel point leurs compétences sont en fait exceptionnelles. C’est pourquoi elles dévaluent leur performance lorsqu’il est question de la situer par rapport à celle de leurs pairs [1].

Conséquences

Celui ou celle qui n’a pas conscience de ses déficits ne cherchera pas à s’améliorer et à atteindre son plein potentiel. Cette personne risquera donc de rester ignorante. Cette autoévaluation erronée engendre de multiples répercussions dans une variété de domaines tels que la santé, l’éducation et le milieu de travail [5]. Sous l’effet de ce leurre, un patient peut négliger les conseils de sa médecin. Quant à lui, un patron peut prendre des décisions de manière confiante, sans reconnaître les risques pour son entreprise. En ce qui concerne les personnes plus compétentes, elles pourraient hésiter à saisir des opportunités pour lesquelles elles seraient qualifiées, par exemple postuler pour une promotion ou bien soumettre sa candidature pour un programme d’étude contingenté.

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Prendre en considération l’opinion honnête d’autrui sur nos habiletés.

  • Se cultiver et s’enrichir constamment afin de développer nos connaissances.

  • Être notre propre avocat du diable : évaluer la possibilité que l’on ait tort.

Comment mesure-t-on ce biais?

Cet effet est principalement mesuré en administrant des tests à des groupes de participant-es sur un thème en particulier. Avant de voir la correction, les participant-es sont amené-es à s’autoévaluer sur leur rendement en se positionnant parmi leurs pairs (par exemple, j’ai mieux performé que 80% des autres participant-es). Ensuite, les chercheur-es observent la différence entre leur performance perçue et leur performance réelle par rapport aux autres. L’effet Dunning-Kruger est représenté par l’écart obtenu (l’erreur de prédiction) chez les pires participant-es de même que chez les meilleur-es [4].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

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Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

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Ce biais est démontré scientifiquement :

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Références

[1] Kruger, Justin & David Dunning (1999). Unskilled and unaware of it: How difficulties in recognizing one's own incompetence lead to inflated self-assessments. Journal of Personality and Social Psychology, 77(6), 1121–1134. https://doi.org/10.1037/0022-3514.77.6.1121 (Article fondateur)


[2] Johnson, Dominic D. P. & James H. Fowler (2011). The evolution of overconfidence. Nature, 477(7364), 317–320. https://doi.org/10.1038/nature10384 


[3] Dunning, David, Kerri Johnson, Joyce Ehrlinger & Justin Kruger (2003). Why people fail to recognize their own incompetence. Current Directions in Psychological Science, 12, 83-86. https://doi.org/10.1111%2F1467-8721.01235 


[4] Ehrlinger, Joyce, Kerri Johnson, Matthew Banner, David Dunning & Justin Kruger (2008). Why the Unskilled Are Unaware: Further Explorations of (Absent) Self-Insight Among the Incompetent. Organizational behavior and human decision processes, 105(1), 98–121. https://doi.org/10.1016/j.obhdp.2007.05.002 


[5] Dunning, David, Chip Heath & Jerry. M. Suls (2004). Flawed Self-Assessment: Implications for Health, Education, and the Workplace. Psychological Science in the Public Interest, 5(3), 69–106. https://doi.org/10.1111/j.1529-1006.2004.00018.x

Tags

Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Besoin d'estime de soi

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Auteur-e

Trisha Rani Saha, B. Sc. Étudiante au baccalauréat en neuroscience cognitive à l’Université de Montréal.

Comment citer cette entrée

Rani Saha, T. (2020). Effet Dunning-Kruger. Dans E. Gagnon-St-Pierre, C. Gratton, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 2. En ligne : www.shortcogs.com

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