Effet Zeigarnik

« Je me rappelle plus facilement les tâches et les problèmes que j’ai laissés en suspens ou qui sont en cours, que les problèmes que j’ai résolus. »

Définition

Un problème ou une tâche interrompue alors qu’elle était en cours occupe une place privilégiée en mémoire, comparativement aux problèmes déjà menés à terme. Les gens sont plus nombreux à se souvenir d’une tâche qu’ils n’ont pas pu mener à bien que des tâches complètement accomplies. Les tâches non-accomplies sont également rappelées avec davantage de détails.

Exemple

Un serveur dans un restaurant peut se souvenir d’une quantité extrêmement diversifiée de détails en ce qui concerne les commandes d’un groupe de 10 personnes, et ce, même lorsqu’il doit interrompre son service pour aller s’occuper d’autres groupes tout aussi nombreux avant de revenir avec les commandes. Par contre, aussitôt que le groupe quitte le restaurant, impossible ou presque pour le serveur de dire qui avait pris quoi. Le serveur peut très bien garder en mémoire les commandes, tant et aussi longtemps que les gens ne sont pas servis, mais il ne s’en souviendra pas le lendemain ou même dès lors que la tâche a été accomplie.

Explication

L’hypothèse dominante pour expliquer ce biais est qu’une tâche interrompue provoque une tension psychologique, qui résulte d’une volonté d’achever la tâche [1]. Cette tension mobiliserait des ressources cognitives comme l’attention et la mémoire, ce qui peut expliquer que ces tâches sont mieux rappelées. Plusieurs facteurs influencent l’intensité avec laquelle on se rappelle mieux les tâches inachevées, comme la motivation ou la personnalité. Par exemple, Bluma Zeigarnik, la psychologue qui a découvert ce biais, a observé que l’effet est plus important chez les gens ambitieux, qui oublient plus rapidement les tâches complétées, peut-être pour libérer des ressources cognitives afin de passer à une autre tâche plus efficacement. Plus la tâche est interrompue tardivement (alors qu’elle est presque complétée), plus l’effet est fort.

Conséquences

L’effet Zeigarnik s’observe en arts, en marketing, en éducation et ailleurs. On peut penser aux épisodes de séries télévisées qui nous laissent sur notre faim pour mieux s’imprégner dans notre mémoire. En contexte éducatif, interrompre une leçon en la laissant en suspens quelques temps (jusqu’au prochain cours, par exemple) contribue à améliorer la trace en mémoire de ce qui précède l’interruption. Cela crée une tension ou une motivation à connaître la suite qui se manifeste par un meilleur rappel en mémoire de l’épisode ou de la leçon en cours [2]. En marketing, on observe qu’une stratégie qui présente une annonce tronquée, incomplète ou de type ‘remplir l’espace blanc’ se révèle très efficace pour faire augmenter le souvenir d’un message, et, ultimement, faire croitre les ventes [3]. Au niveau personnel, on a montré que les gens ont davantage de regrets et de pensées pour des situations où ils et elles se sont empêché-es d’agir (créant ainsi une interruption), plutôt que des regrets par rapport à des actions commises [4].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

On considère généralement l’effet Zeigarnik comme un phénomène dont on peut tirer profit pour augmenter la performance de la mémoire dans certains contextes.  Dans cette mesure, les chercheurs et chercheuses n’ont pas vraiment proposé de pistes pour y renoncer, comme c’est le cas pour d’autres biais plus délétères.

Comment mesure-t-on ce biais?

Une étude classique de l’effet Zeigarnik consiste à demander aux gens d’accomplir une série de tâches différentes (par exemple : enfiler des billes sur un fil, faire un casse-tête, résoudre un problème d’arithmétique). Les gens sont divisés en deux groupes. Les participant-es du premier groupe ont le temps de terminer toutes les tâches. Les participant-es du deuxième groupe ont le temps d’accomplir la moitié des tâches qu’on leur présente; l’autre moitié des tâches sont interrompues en plein milieu. Enfin, on enlève tout le matériel lié aux tâches de la vue des gens, et on leur demande d’énumérer les tâches qu’elles et ils ont eu à accomplir. Les psychologues ont découvert qu’il est deux fois plus probable que les gens se souviennent des tâches inachevées (ou interrompues) que des tâches complétées.

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Zeigarnik, Bluma (1927). Das Behalten erledigter und unerledigter Handlungen. Psychologische Forschungen, 9, 1-85. (Article fondateur)


[2] Denmark, Florence L. (2010). Zeigarnik effect, In The Corsini Encyclopedia of Psychology, Irving B. Weiner & W. Edward Craighead (Eds.). John Wiley & Sons.


[3] Heimbach, James T. & Jacob Jacoby (1972). The Zeigarnik effect in advertising, In SV - Proceedings of the Third Annual Conference of the Association for Consumer Research, M. Venkatesan (Ed.), Chicago: Association for Consumer Research: 746-758.


[4] Savitsky, Kenneth, Victoria Husted Medvec & Thomas Gilovich (1997). Remembering and regretting : The Zeigarnik effect and the cognitive availability of regrettable actions and inactions. Personnality and Social Psychology Bulletin 23(3): 248- 257.


Autre


Zeigarnik, Bluma (1967). On finished and unfinished tasks. In W. E. Ellis (Ed.), A source book of Gestalt psychology. New York: Humanities Press.

Tags

Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Besoin de fermeture cognitive

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Auteur-e

Cloé Gratton est doctorante en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Elle est affiliée au Laboratoire des processus de raisonnement. Elle est également co-fondatrice de Raccourcis.

Comment citer cette entrée

Gratton, C. (2020). Effet Zeigarnik. Dans E. Gagnon-St-Pierre, C. Gratton & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 2. En ligne : www.shortcogs.com

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