Hypothèse du monde juste

« Je crois que chacun reçoit ce qu’il mérite. »

Définition

L’humain semble avoir besoin de croire qu’il vit dans un monde juste où chacun récolte ce qu’il sème. Cette croyance nous donne l’impression de posséder un certain contrôle sur les événements de la vie que ceux-ci soient positifs ou négatifs [1]. Lorsqu’un événement positif arrive à une personne, comme une promotion, nous avons tendance à croire que c’est dû à ses efforts et non au hasard, même si celui-ci a souvent un rôle à jouer. De même lorsqu’un événement négatif se produit et qu’il nous est impossible de rétablir la justice, par exemple en dédommageant les victimes, nous avons tendance à croire que celles-ci ont probablement fait quelque chose pour mériter leur malheur alors qu’elles pourraient simplement être malchanceuses. L’hypothèse du monde juste correspond donc à la croyance, parfois inconsciente, que les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes et que les mauvaises choses arrivent aux mauvaises personnes. Cette croyance est parfois utilisée comme explication, et parfois comme synonyme du biais de l’attribution de blâme injustifié, qui correspond à la tendance à blâmer les victimes d’un malheur qui vient de leur arriver [2].

Exemple

De nombreuses études se sont penchées sur la relation entre l’hypothèse du monde juste et l’attribution de blâme sur les victimes d’abus sexuels. En effet, il est très commun d’entendre qu’une victime d’abus sexuel se serait elle-même mise dans cette situation notamment en buvant de l’alcool ou en s’habillant de manière « sexy ». Ces commentaires représentent la tendance humaine à rationaliser un événement injuste pour conserver la croyance que chacune reçoit ce qu’elle mérite. C’est évidemment dévastateur pour les victimes qui en plus de traverser une agression sexuelle, se font blâmer pour celle-ci [2].

Explication

Ce biais serait entre autres causé par un besoin de sécurité. Il est très stressant de penser que l’on puisse vivre dans un monde où les malheurs peuvent arriver même aux bonnes personnes. Nous adoptons alors la croyance que le monde est juste pour nous rassurer face à la possibilité que des événements malheureux puissent arriver par hasard. De cette manière, l’environnement nous semble devenir plus prévisible et l'on se sent en sécurité. Nous sommes rassuré-es parce que si ce sont seulement les mauvaises personnes qui sont victimes de malheurs, nous n’avons qu’à être de bonnes personnes et tout va bien aller. Cette croyance est particulièrement ancrée en nous puisque depuis notre jeune âge, on nous enseigne que les bonnes actions seront récompensées et que les mauvaises seront punies. Une grande religiosité est souvent associée à un fort biais de l’hypothèse du monde juste puisque la religion accorde beaucoup d’importance aux principes moraux [3].

Conséquences

L’hypothèse du monde juste façonne notre vision de ce qui nous entoure. Ce biais est un bon outil de motivation puisqu’en croyant que nous allons récolter le fruit de nos efforts, nous sommes motivé-es à bien agir et à travailler fort [3]. Ce biais peut nous aider à lutter contre les injustices car celles-ci menacent la croyance d’un monde juste. Il peut notamment nous pousser à prévenir les injustices ou à rétablir l’équilibre lorsqu’elles surviennent, par exemple en dédommageant financièrement les victimes. Cependant, ce biais est un couteau à double tranchant puisque lorsqu’il n’est pas possible de rétablir la justice, blâmer la victime devient la meilleure stratégie pour conserver la croyance d’un monde juste. Dans ce dernier cas, il peut être très néfaste parce que si l’on croit qu’une personne s’est elle-même mise dans une situation pénible, il est moins probable qu’on lui vienne en aide. Ce biais nous porte à attribuer des caractéristiques négatives aux victimes pour nous convaincre qu’elles méritent ce qui leur arrive. Si l’on généralise ces caractéristiques négatives à certains groupes, cela peut entrainer des préjugés. Par exemple, un individu pourrait penser que tous-tes les sans-abris sont paresseux-ses. La connaissance de ce biais peut être mobilisée et utilisée par des avocat-es pour innocenter les agresseurs en mettant le blâme sur la victime comme il est souvent vu dans les cas d’agression sexuelle [1].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Prendre du recul face à la situation permet de réaliser le niveau de contrôle qu’a réellement la personne sur les événements qui lui arrivent.

  • Se mettre à la place de l’autre permet de mieux comprendre leur situation.

Comment mesure-t-on ce biais?

Pour mesurer expérimentalement ce biais, les chercheur-es peuvent présenter un événement injuste et manipuler l’efficacité des stratégies visant à conserver la croyance d’un monde juste. Par exemple, les chercheur-es peuvent donner la possibilité ou non de dédommager adéquatement une victime innocente. Dans ce cas, la manipulation expérimentale (possibilité ou non de dédommagement) vient influencer la stratégie utilisée pour restaurer la croyance d’un monde juste (dédommager financièrement ou blâmer la victime). Les chercheur-es concluent à un biais si les participant-es dédommagent la victime lorsqu’ils/elles en ont la possibilité, mais ont tendance à blâmer celle-ci lorsqu’ils/elles ne peuvent pas la dédommager adéquatement [4].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

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Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

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Ce biais est démontré scientifiquement :

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Références

[1] Furnham, Adrian (2003). Belief in a just world : Research progress over the past decade. Personality and Individual Differences, 34(5), 795‑817. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(02)00072-7


[2] Grubb, Amy & Emily Turner (2012). Attribution of blame in rape cases : A review of the impact of rape myth acceptance, gender role conformity and substance use on victim blaming. Aggression and Violent Behavior, 17(5), 443‑452. https://doi.org/10.1016/j.avb.2012.06.002


[3] Lerner, Melvin. J. (1987). Integrating societal and psychological rules of entitlement : The basic task of each social actor and fundamental problem for the social sciences. Social Justice Research, 1(1), 107‑125. https://doi.org/10.1007/BF01049386


[4] Hafer, Carolyn. L. & Laurent Bègue (2005). Experimental Research on Just-World Theory: Problems, Developments, and Future Challenges. Psychological Bulletin, 131(1), 128-167. doi:10.1037/0033-2909.131.1.128

Tags

Niveau individuel, Niveau interpersonnel, Niveau intergroupes, Besoin de sécurité, Besoin de consonance cognitive

Biais reliés

Auteur-e

Magali Vigneault, Étudiante au baccalauréat en neuroscience cognitive, Université de Montréal.

Coralie Niquay, Étudiante au baccalauréat en neuroscience cognitive, Université de Montréal.

Comment citer cette entrée

Vigneault, M. & C. Niquay (2020). Hypothèse du monde juste. Dans E. Gagnon-St-Pierre, C. Gratton & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 2. En ligne : www.shortcogs.com

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