Illusion de contrôle

« Ce n’est pas dû au hasard, c’est grâce à moi. »

Définition

Il peut être difficile de juger de l’influence de nos actes sur notre environnement et de bien différencier ce qui résulte de notre comportement de ce qui résulte du hasard [1]. L’illusion de contrôle consiste à surestimer l’influence de nos comportements sur des évènements qui sont en fait dirigés entièrement ou partiellement par la chance [2]. Certaines nuances existent dans la définition selon les auteur-es, mais en général elle peut être décrite comme le fait de s’attendre à avoir du succès plus souvent que ce qui est probable en réalité [1]. Le mauvais jugement quant à la cause d’un évènement, appelé illusion de causalité, consiste à accorder plus d’importance à son propre comportement qu’à des facteurs externes comme le hasard [2]. L’illusion de contrôle est une forme spécifique de l’illusion de causalité.

Exemple

Elle apparait notamment lorsque nous avons un pouvoir d’action, même si celui-ci ne permet pas de changer les évènements [1]. C’est le cas lorsque des partisan-es croient pouvoir influencer positivement le résultat d’une partie de sport télévisée en encourageant l’équipe depuis leur salon [3]. Le fait de regarder la partie à la télévision ne changera aucunement les évènements de la partie, puisque les joueuses et joueurs ne peuvent pas entendre leurs encouragements ou même savoir combien de gens les regardent à distance. Certain-es partisan-es ont tout de même l’impression de contribuer à la partie et d’avoir un impact. L’illusion de contrôle se présente aussi lorsqu’une personne croit que choisir une machine à sous en particulier au casino va jouer en sa faveur, alors qu’il ne s’agit en réalité que de hasard.

Explication

Des caractéristiques individuelles peuvent influencer l’illusion de contrôle. Le besoin de maintenir et de renforcer son estime de soi peut pousser une personne à juger son contrôle comme étant plus grand qu’il ne l’est en réalité. En ce sens, plus l’importance accordée à la situation et l’implication personnelle dans celle-ci sont grandes, plus l’estime de soi peut être en jeu, ce qui augmente la tendance à avoir une illusion de contrôle pour améliorer notre estime [2]. La motivation d’atteindre un résultat favorise également l’apparition d’illusion de contrôle [1].


Le contexte peut aussi favoriser l’émergence de l’illusion de contrôle. Le fait d’avoir eu la possibilité d’agir dans une situation donnée peut nous faire surestimer notre potentiel de contrôle réel, que notre action influence réellement la situation ou non. Obtenir les résultats escomptés de façon répétée dès le début d’une situation, de même qu’obtenir une récompense suite à une action sont d’autres éléments des situations favorisant l’illusion de contrôle. De plus, le fait d’être à l’aise dans une situation, par exemple en pratiquant et en répétant des actions plusieurs fois, peut rendre plus ardue la distinction entre les effets du hasard et les effets des comportements [1].

Conséquences

Plusieurs effets, à la fois positifs et négatifs, sont observés en lien avec l’illusion de contrôle. Elle semble associée à une bonne santé mentale de plusieurs façons. En effet, cette illusion contribue à nous protéger des effets négatifs de percevoir le côté incontrôlable du monde qui nous entoure et peut améliorer l’estime de soi. Les gens souffrant de dépression présentent moins d’illusion de contrôle [2], tandis que ceux susceptibles à ce biais peuvent démontrer un optimisme irréaliste qui servirait de protection pour leur santé mentale [4]. Toutefois, nous pouvons nous attribuer le mérite d’actions fructueuses qui ne sont pas de notre essor. Nous pourrions alors manquer d’objectivité [2] et surévaluer notre talent réel. D’autre part, des superstitions peuvent apparaitre avec ce biais, puisque croire que nous possédons un contrôle peut nous pousser à erronément postuler des liens causaux entre nos actions et des résultats [4]. Les gens qui ont un problème de jeu compulsif ont plus fréquemment des pensées irrationnelles de pouvoir contrôler le résultat de leurs paris d’argent. De ce fait, l’illusion de contrôle est potentiellement un facteur qui encourage ces comportements mésadaptés [3].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Réfléchir ou s’informer quant aux probabilités réelles d’un évènement, prendre en compte tout ce qui peut influencer une situation (particulièrement ce qui vient des autres ou de la situation elle-même).

  • Vérifier les probabilités qu’un évènement se produise lorsque nous n’intervenons pas. Cela peut nous montrer que nos actions n’avaient pas autant d’effet qu’on le pensait.

  • Nous ne devrions pas essayer de l’éliminer complètement, puisqu’il semble tout de même avoir des bénéfices sur la santé mentale.

Comment mesure-t-on ce biais?

Habituellement, il est demandé aux participant-es de prendre part à une tâche dans laquelle leur niveau de contrôle est faible (ex : appuyer sur des boutons qui n’ont peu ou pas d’impact sur le résultat). L’illusion de contrôle est ensuite analysée à l’aide de mesures directes, comme en demandant aux participant-es de coter sur une échelle de 1 à 5 leur sentiment de contrôle sur la tâche, ou indirectes, par exemple en déduisant le sentiment de contrôle des participant-es à partir de leurs comportements. Ces mesures sont comparées au niveau réel de contrôle des participant-es; plus la perception de contrôle des participants excède le niveau de contrôle réel, plus l’illusion de contrôle est grande [1].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Stefan, Simona & David Daniel (2013). Recent developments in the experimental investigation of the illusion of control. A meta-analytic review. Journal of applied social psychology, 43, 377-386. https://doi.org/10.1111/j.1559-1816.2013.01007.x (Méta-analyse)


[2] Yarritu, Ion, Helena Matute & Miguel A. Vadillo (2014). Illusion of control: The role of personal involvement. Experimental psychology, 61, 38-47. https://doi.org/10.1027/1618-3169/a000225


[3] Orgaz, Critina, Ana Estévez & Helena Matute (2013). Pathological gamblers are more vulnerable to the illusion of control in a standard associative learning task. Frontiers in psychology, 4, 1-7. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2013.00306


[4] Rudski, Jeffrey (2001). Competition, Superstition and the Illusion of Control. Current psychology: developmental, 20(1), 68-84.

Tags

Niveau individuel, Besoin d'estime de soi, Besoin de sécurité

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Auteur-e

Éliane Simard Desjardins, étudiante au baccalauréat en psychologie à l’Université de Montréal.

Comment citer cette entrée

Simard Desjardins, E. (2020). Illusion de contrôle. Dans E. Gagnon-St-Pierre, C. Gratton & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 2. En ligne : www.shortcogs.com

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