Illusion de transparence

« Je crois que mes pensées et états mentaux sont plus accessibles aux autres qu’ils ne le sont en réalité. »

Définition

L'illusion de transparence se manifeste principalement lorsque nous tentons de comprendre le jugement des autres à notre égard ; nous avons l’impression d’être « transparent-e » au regard des autres. Une personne qui présente ce biais vit certaines choses intérieurement (des pensées, des émotions, etc.), et surestime la capacité des autres à avoir accès ces expériences qui se produisent « dans son esprit » [1]. Le biais apparait le plus souvent lorsque nous nous savons observé-es par autrui [4], dans des contextes où l'on tente de cacher certaines pensées ou émotions à notre observateur-trice.

Exemple

Vous êtes invité-e à manger chez l’un de vos amis. Une fois devant le repas, vous prenez une bouchée de ce que votre hôte a concocté, pour vous rendre compte que le plat ne vous plait pas du tout. Vous tentez de dissimuler votre dégoût, par respect pour votre ami. Vous êtes par contre persuadé-e que votre hôte peut voir au travers de votre jeu d’acteur, et qu’il sait (en dissimulant lui-même ses émotions) que vous n’aimez pas le plat, et ce, même si vous ne donnez aucun indice perceptible de votre dédain. Cette perception est probablement biaisée : votre hôte ne peut pas, à priori, savoir ce que vous pensez.

Explication

Lorsque nous interprétons le jugement que les autres ont de nous, nous avons de la difficulté à laisser de côté notre point de vue unique sur notre personne (c’est-à-dire la conscience que nous avons de nous-mêmes) [2]. Cela peut s’expliquer par le fait que nous avons un accès privilégié à nos états intérieurs. C’est parce que nous avons accès directement à nos pensées et émotions, autrement dit parce que nous sommes transparent-es à nous-mêmes, que nous surestimons la capacité des autres à « lire » notre vie intérieure. Nous pensons à tort que nos pensées sont aussi évidentes pour autrui qu’elles ne le sont pour nous.

Conséquences

Ce biais semble affecter l’ensemble de nos interactions avec les autres. Dans certains cas, la personne qui se pense transparente pense aussi que les émotions ou informations qui « fuient » de ses actions peuvent être utilisées à mauvais escient [1]. Ces pensées peuvent provoquer chez la personne de l’anxiété, un sentiment de vulnérabilité et certains problèmes de communication. Si on reprend l’exemple spécifique donné ci-haut, la personne pourrait penser que son hôte perçoit son dégoût : elle pourrait alors tenter de dissimuler encore plus son dédain. On pourrait penser que cette dissimulation deviendrait alors exagérée, et la situation deviendrait tendue ou étrange. Une autre conséquence de l’illusion de transparence est que notre communication avec les autres est souvent entravée. En présumant que les autres perçoivent nos émotions ou pensées, on omet de les rendre explicites à notre interlocuteur-trice, tout en attendant d’eux qu’ils soient au courant de comment on se sent [1].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Porter notre attention sur nos actes plutôt que sur nos états intérieurs : est-ce que je laisse vraiment des indices concernant ma pensée et mes émotions?

  • Être plus explicite par rapport à nos pensées et nos émotions lorsque nous entrons en interaction avec autrui. Cela peut limiter les éléments négatifs du biais de transparence.

  • En général, considérer que les autres n’ont pas accès à nos états intérieurs comme nous y avons accès.

Comment mesure-t-on ce biais?

On mesure l’illusion de transparence le plus souvent par des expériences en laboratoire. On demande aux participant-es, par exemple, de cacher une émotion particulière (ex. la joie) devant une caméra ou un-e témoin, alors qu’ils et elles visionnent une vidéo qui devrait susciter cette émotion. On leur demande ensuite d’évaluer si leur émotion était bien dissimulée. Le biais de l’illusion de transparence est démontré lorsque les participant-es estiment n’avoir pas ou pas assez bien dissimulé leur émotion, alors qu’un-e observateur-trice n’a pas pu la détecter ou juge qu’elle était bien dissimulée [4].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Gilovich, Thomas, Victoria H. Medvec & Kenneth Savitsky (1998). The Illusion of Transparency: Biased Assessments of Other’s Ability to Read One’s Emotional States. Journal of Personality and Social Psychology, 75(2), 332-346. (Méta-analyse)


[2] Vorauer, Jacquie D. & Michael Ross (1999). Self-Awareness and Feeling Transparent: Failing to Suppress One’s self. Journal of Experimental Social Psychology, 35, 415-440.


[3] Keysar, Boaz (1994). The Illusory Transparency of Intention: Linguistic Perspective Taking in Text. Cognitive Psychology, 26, 165-208.


[4] Kleck, Robert E. & Carol L. Barr (1995). Self-Other Perception of the Intensity of Facial Expressions of Emotion: Do We Know What We Show? Journal of Personality and Social Psychology, 68(4), 608-618.


Autre article


Gilovich, Thomas & Kenneth Savitsky (1999) The Spotlight Effect and the Illusion of Transparency: Egocentric Assessments of How We Are Seen by Others. Current Directions in Psychological Science, 8(6), 165-168.

Tags

Heuristique d'ancrage, Heuristique de disponibilité, Besoin de sécurité, Niveau interpersonnel

Biais reliés

  • Malédiction du savoir 

  • Biais de « l’effet du projecteur » 

  • Biais rétrospectif 

  • Biais d’interprétation 

Auteur-e

Fabrice Valcourt, étudiant de maîtrise en philosophie à L’UQÀM.

Comment citer cette entrée

Valcourt, F. (2020). Illusion de transparence. Dans E. Gagnon-St-Pierre, C. Gratton & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 2. En ligne : www.shortcogs.com

Écrivez-nous à shortcogs@gmail.com

Recevez des mises à jour sur le contenu en vous inscrivant à notre liste d'envoi

Merci à nos partenaires

© 2020 Shortcuts/Raccourcis. Tous droits réservés.